London Sixties with Mary Quant!

Trench Georges Rech
Trench Georges Rech

Il y a quelques mois, j’ai eu la chance de revoir la magnifique capitale londonienne. La dernière fois que j’y étais venue c’était en 2016… Cette fois, j’avais assez attendu, d’autant que; c’était maintenant ou jamais puisque le musée Victoria and Albert exposait les créations de Mary Quant, figure grandiose et révolutionnaire de l’époque des années 60 aux UK, pour ne pas dire une figure extrêmement inspirante pour moi, en grande férue de cette époque étonnante.

Clairement j’ai réservé mon billet en 2/2 pour samedi, 10h tapante, premier créneau d’ouverture de l’exposition (à Londres mieux vaut être préparé à l’avance tant il y a de monde et de demande) Le musée V&A, pour couronner le tout abrite de nombreuses œuvres d’Art et retrace plusieurs décennies de mode dans l’aile de l’exposition; c’est donc avec une grande hâte que le matin, j’ai enfilé mes cuissardes en daim, ma jupe des Récupérables et mon petit pull tout doux rose poudré, pour un look évidemment dans le thème!

Cape Tilt Vintage de Lille, en laine et longs gants noirs en laine Tie Rack
Exposition Mary Quant, Musée V&A, Londres
Mary Quant en 1960, près du Bazaar de Knightsbridge

On plante le décor

Les swinging sixties, une des mes époques préférées, ont été témoins de grands changements politiquement déjà, avec un climat beaucoup plus serein et une génération qui était bien décidée à mettre les souvenirs de la guerre derrière elle. Ensuite économiquement c’est une période qui était en plein essor économique dans ce qu’on appelle communément les 30 glorieuses; bien que je trouve que chaque décennie ne se vaut clairement pas dans cette période enseignée; elle rassemble bien une augmentation du niveau de vie global et surtout une « mécanisation » du mode de vie avec la démocratisation de l’usage du métro, des voitures et de l’électroménager. Cette frénésie de la croissance a alimenté le secteur culturel de façon inédite: la mode, la musique, le cinéma, l’art, l’architecture et la décoration ont illustré cette envie de renouveau pour ne plus regarder dans le passé.

Qui est Mary Quant?

Mary Quant, née à Londres en 1934, avait étudié l’Art à la Goldsmiths College et s’est ensuite très vite formée à la couture pour commencer à créer ses premières collections. Son succès a été dû au fait qu’elle avait toujours cette vision avant-gardiste de la mode qui a su plaire d’emblée à la jeune génération, sa cible principale. Avec clairvoyance, elle participa ainsi à la consommation démocratisée de la mode, en la rendant abordable par le prix et par le style versatile du début des années 60.

Comment a-t-elle changé la donne?

Afin d’être visible, Quant s’installe sur Kings Road en 1955, et introduit le mouvement « Mod » et le « look Chelsea ». Par sa vitrine étonnante présentant de vrais modèles qui posent de manière originale et des défilés sur des musiques jazzy modernes, elle fait parler d’elle dans le milieu de la mode et devient rapidement une étape incontournable pour les femmes actives à la recherche de lignes épurées à l’image de leurs nouveaux emplois. Elles veulent véhiculer un message, celui d’être sérieuses mais résolument à l’écoute des tendances, ringardisant ainsi le traditionnel « bal de débutantes » et autres rites d’antan. Ce lieu atypique de la scène de la mode lui valu d’ailleurs à la fois les éloges des magazines de mode mais aussi les foudres de la presse classique, encore beaucoup gérée par la gente masculine, la qualifiant ainsi de « folle à lier ».

Modèle de gauche: Snob, 1963
Robe chasuble

Ses inspirations d’époques variées

Une chose est certaine, j’aurai été une des premières clientes de sa boutique car je ne peux qu’être en admiration devant des créations d’une redoutable modernité tout en étant emprunt d’un passé dont j’aurai voulu être témoin. On aurait pu croire que la créatrice ne pouvait regarder que vers le futur quand on observe ses collections et son tempérament de femme moderne et audacieuse. Mais c’est du XIXème siècle qu’elle s’inspirait aussi, notamment au travers des imprimés qu’elle choisissait, à rappeler les motifs connus de William Morris, dessinateur et imprimeur textile de l’époque, précurseur du style connu de l’Art Nouveau.

Robe d’inspiration XIXème siècle
Tissu de lin de Williams Morris, dessinateur britannique du XIXème siècle

Une créatrice engagée

Mary Quant était une créatrice motivée par l’envie de changer le paysage de la mode, avec des tenues différentes et plus pratiques pour la nouvelle génération, mais surtout elle voulait envoyer des messages à la société et aux politiques.

A l’instar des années 20, la silhouette droite – the boyish look – a fait un retour fracassant porté par la créatrice qui repoussait toujours plus les limites. Si pendant les années folles, les tenues généralisées affichaient des formes plutôt droites, et la longueur était fixée sous le genou, Mary Quant a souhaité apporter son petit twist en retirant quelques centimètres à la longueur de ses robes et jupes. Elle a donc réutilisé l’Histoire pour elle aussi apporté son regard sur la situation évolutive des femmes de son époque, car comme au sortir de la Première Guerre Mondiale où les femmes se sont retrouvées émancipées de facto – compte tenu des besoins de l’armée durant la guerre – les femmes des sixties veulent rompre avec la génération de leurs parents et afficher leurs émancipations totales.

La marque, joueuse des codes, sort clairement du lot des créateurs de mode de l’époque, et s’affiche avec ironie en usant du vestiaire masculin. Irrévérencieuse, elle remet en question le système patriarcal, hiérarchique et genré n’hésitant pas à utiliser des noms d’institutions et de personnalités britanniques. C’est le cas de la création « Bank of England », qui par la sobriété qu’affiche la robe indique subtilement le désir d’émancipation financière des femmes et leur compétence de plus en plus reconnue à pouvoir obtenir des postes plus qualifiés qu’auparavant. Un message clair contrastant avec la triste réalité qui voulait qu’aucune femme ne puisse ouvrir de compte bancaire sans l’approbation d’un membre masculin de la famille.

« Bank of England » 1962

L’attraction de la mini-jupe

Comme on l’a compris, c’est dès 1960 que Quant inclut dans ses collections des robes plus courtes qu’à l’habitude, affichant déjà outrageusement le genou. Bien sûr on ne saurait mentionner ce nouveau modèle de création sans parler du couturier français André Courrèges qui a amené la mini-jupe sur les podiums lors de sa collection été de 1964, mais il est clair que la popularité de la mini-jupe revient à Mary Quant, la démocratisant et l’inscrivant ainsi durablement dans le vestiaire féminin de l’époque puisque de nombreuses jeunes filles arboraient le « London youthful look » symbolisant la libération des femmes. A la fin des années 60, la mini-jupe omniprésente change quelque peu de style et se transforme avec des matières et coupes nouvelles, comme pour la « squiggle dress » dont la partie jupe n’est plus droite mais coupée dans le biais, à l’instar des modèles des années 30 donnant ainsi plus de liberté et de légèreté au modèle. Les couleurs aussi changent et adoptent la tendance qui dominera les années 70, celles de la terre allant du marron clair aux bruns foncés.

Robes mini 1966-1967
Robe Mary Quant portée par Kellie Wilson en 1966
« Tartan dress » 1967
« Squiggle dress » 1968
« Meringue » Autumn-Winter 1969

Le coup de jeune du PVC

Dès le début des années 60, la géniale Mary Quant popularise encore un vêtement, inspiré de l’uniforme de certains travailleurs, et qui existait déjà depuis plusieurs décennies comme sous la marque Alligator : les imperméables en PVC. La marque américaine Alligator, créée en 1916, a convenu d’un partenariat avec Mary Quant afin de commercialiser des imperméables visuels et pratiques aux couleurs primaires et en utilisant des matières innovantes telles que le nylon.

En forme de trench, de manteau, de tunique ou de cape -comme à l’usage pour Mary Quant- il y en avait pour tous les goûts. Comme pour les autres pièces de sa collection, les imperméables sont faits pour libérer encore un peu plus la femme, qui par tous les temps pourra se rendre à son travail en toute liberté sans prendre le risque de voir sa toilette détrempée. Ce sont aussi des « statement pieces », redoutablement tendances qui marquent le ton de leur style. En somme une pièce moderne pour une femme moderne.

La tunique blanche est une des mes préférées de l’exposition ainsi que la cape rose, rappelant immanquablement la tenue affriolante, en PVC, que Brigitte Bardot porte dans le film de Michel Deville « L’Ours et la poupée » sorti en 1970.

Tunique de pluie en PVC, 1963
Imperméable en PVC, campagne Alligator, 1966-1967
Capes imperméables, fin des années 60
Brigitte Bardot dans « L’Ours et la poupée », 1970

Une as du marketing

Avec ses mini-jupes, il fallait changer beaucoup d’éléments de la mode d’avant, et cela incluait l’apparition de collants aux couleurs flashy et s’accordant parfaitement avec les tenues de la créatrice, des accessoires tels que des sacs à main à l’effigie de la marque, des lunettes XXL, des berets, du maquillage avec des tutoriels précis sur la façon de créer son make-up sixties; tout cela avec le logo à fleur bien identifiable de la marque apposé sur tous ses produits dérivés, annonciateur de l’époque du « flower power » des seventies,

Une chose est certaine, la marque Mary Quant, a su asseoir sa notoriété grâce à une visibilité certaine et une notoriété gagnée à la fois de façon organique et recherchée. De petite créatrice, elle a su s’adapter continuellement au changement qu’induisait son époque et a su produire de façon industrielle pour gagner les grandes enseignes et baisser ses prix, car elle souhaitait avant tout démocratiser sa mode et la rendre la plus accessible possible pour les femmes. C’est aussi pour cela qu’elle décida de se rapprocher de la marque de patrons de couture Butterick afin de mettre en vente les patrons de ses créations. J’aurai aimé retrouver ces patrons mais hors mi quelques uns sur ebay, il est assez difficile de mettre la main dessus depuis le rachat de la société Quant par une entreprise nippone en 2000.

Selection of Mary Quant stockings and tights in original packaging, 1965 – 83.
Courtesy of © Victoria and Albert Museum, London
La poupée de la marque « Daisy »

Pour conclure sur cette formidable exposition qui s’est terminée en février dernier, juste avant le confinement, j’ai été surprise par la modernité évidente qui émanait de chaque création et aussi par l’ambiance générale dans le musée. En effet, il y avait du monde et les sourires étaient sur beaucoup de visages car pour certaines, cela leur rappelait une époque qu’elles avaient eu la chance de vivre et qui, à travers cette exposition présentant aussi des archives vidéos, ont pu de nouveau ressentir toute l’effervescence qui caractérise bien l’époque, qu’elle fût vécue à Londres, Paris ou New York.

La cape en PVC est clairement mon coup de coeur et je souhaite m’en faire une dès que possible! Si vous avez le patron original de Quant je serai preneuse! Ceci étant hautement improbable, pas de stress c’est une pièce relativement simple qui peut se faire à l’aide de nombreux tutoriels youtube et des blogs existants.

Et vous, quelle est votre création Quant préférée?


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