Harper’s Bazaar au MAD

En septembre, lors de mes pérégrinations post-estivales, j’ai eu l’occasion de visiter mon musée parisien préféré, le seul qui me satisfait immanquablement à chacun de mes passages: le Musée des Arts Décoratifs, dit désormais le MAD.

Alors que la pluie annonçant clairement la transition vers la saison automnale battait les pavés parisiens de la rue Rivoli, je me suis réfugiée dans ce haut lieu d’archives de mode afin de découvrir une toute nouvelle exposition, dédiée cette fois au célèbre magazine américain « Harper’s Bazaar », Premier magazine de mode.

Et c’est d’ailleurs pas une mais deux fois que je m’y suis rendue, tant l’exposition retrace bien l’histoire de la mode depuis le XVIIIème jusqu’à aujourd’hui, usant d’une disposition d’éléments variés pour nous immerger non seulement dans ce qu’était purement la mode de l’époque (du point de vue du magazine bien sûr ) mais également en nous régalant les yeux de modèles de créateurs et des extraits de films iconiques de chacune des époques représentées.

LET’S DO IT FROM THE START, SHALL WE?

L’accueil de l’exposition est matérialisé par une représentation de la 1ère de couverture du magazine datant de 1959. On y voit la mannequin américaine Dovima, connue comme étant la mannequin « à 1$ la minute », décrocher le second A de Bazaar. Il s’agit là de représenter un tournant dans l’histoire du magazine qui au début des années 60 a connu de nombreux rebondissements comme le remplacement de sa rédactrice en chef, passant de Carmel Snow à Nancy White.

Mais nous pourrons revenir là dessus plus tard. Car d’emblée l’exposition s’ouvre sur des modèles très anciens de robes fin XIXème et des magazines et autres revues encore plus anciennes que le premier magazine. Car celui-ci créé en 1867, étant connu comme le premier magazine de mode, n’était pas le premier cependant à montrer la mode. On a pu observer sur cette première partie de l’exposition que dès le XVIIIème siècle, des livrets et gravures montraient des « costumes » féminins comme dans « Le magasin des modes nouvelles françaises et anglaises » de 1787. Afin de montrer aux femmes de la société ce qui était d’usage à porter, ces gravures de mode pouvaient se trouver dans des journaux spécialisés mais aussi dans des almanachs. Le magazine Harper’s Bazaar de 1876, ainsi intitulé « A repository of Fashion, Pleasure and Instruction » avait pour but à l’époque comme pour les revues précédentes, de guider les femmes afin qu’elles soient pleinement intégrées en société, tant par leurs tenues que par leurs attitudes et autres règles de bienséances.

THE 20IES and 30IES ERA

De somptueux modèles étaient exposés autour des magazines collectors: Chanel, Lanvin, Madeleine Vionnet… Etant membre de l’association Les Zannées Folles, c’était une vraie occasion de mémoriser les modèles (et c’est mieux avec des photos) et ainsi créer des inspirations pour des looks futurs, je me rappelle notamment de la robe de 1928 de Chanel qui scintillait comme un bijou et qui m’a tout de suite donné envie de créer ma version, peut être sous des tons différents, à voir! Faite de soie brodée de perles, elle avait tapé dans l’oeil de plusieurs photographes de l’époque qui lui avaient ainsi donné l’opportunité de paraître via 8 clichés différents.

Véritable référence du biais, Madeleine Vionnet occupait une place importante au cours de la galerie avec ses fameuses robes corolles et d’inspiration gréco-romaine. Début des années 30, les robes de soirée redeviennent plus longues et présentent une nouvelle silhouette pour les femmes: Après la guerre, les femmes étaient en voie d’émancipation et le magazine, à travers de l’œil de Man Ray choisit de recréer une représentation parfaite de la mère au foyer. Ainsi les dessous qui modifient le corps de la femme font leur retour sous la forme de gaine, qui maintient le ventre plat (mais qui laisse la taille à son tour naturel). Le classicisme est de rigueur après la crise de 1929, aussi la créatrice prend des références très anciennes telle que la Grèce Antique pour créer ses robes de soirées, que Carmel Snow, la rédactrice en chef ne manquait pas de saluer.

Au cours de ma visite, j’ai eu la chance d’y aller au moment où une guide était présente et détaillait l’exposition. En rejoignant le groupe qui était déjà pendu à ses lèvres, j’ai appris que Gabriel Chanel n’aimait pas beaucoup Schiaparelli, l’italienne. Disant d’elle que c’était « une artiste qui aimait faire des robes ». Il est clair que j’en ai été surprise étant moi même une créatrice qui aime faire pleins d’autres choses à côté! Le succès de Schiaparelli est d’ailleurs la preuve que ses mots ne l’ont pas atteinte. Ses robes sont d’une grande modernité pour l’époque, de part leur forme mais aussi leur couleurs, les tissus choisis… Ses créations magnifiaient la femme de la façon la plus moderne possible. Chanel et Schiaparelli c’est comme le classicisme face au contemporain, il n’y a pas de concurrence, ce sont juste deux mondes différents.

COMING TO THE 50IES AND 60IES

Pour la suite, nous arrivons directement dans les années 50 où plusieurs extraits de films tels que « Les hommes préfèrent les blondes » avec Marylin Monroe ou Drôle de frimousse avec Audrey Hepburn et Fred Astaire passaient en boucle, avec notamment le numéro « Think Pink » du musical qui magnifiait l’époque par ses idées novatrices dans le cinéma. Les couleurs sont chatoyantes, osées et les tissus luxueux. A l’image du grand boom économique et de la modernisation qui se fait à l’échelle mondiale, l’Amérique choisit de magnifier ses figures du cinéma et de la mode. Les créateurs comme Christian Dior se font connaître et popularise la silhouette « New Look ». Selon le magazine, la silhouette des femmes redevient plus précise avec des formes de robes extrêmement ajustées à la taille et une partie jupe en corolle très gonflée avec un jupon qui devait se porter en dessous. (Pour les occasions de sortie)

Dès que l’on monte les escaliers, on arrive directement dans les années 60, et quelle plaisir! Comme à mon habitude j’ai traîné pas mal dans cet espace dédiée à mon époque favorite de tous les temps, au milieu duquel trônait la couverture géante de l’édition de 1963 de Harper’s Bazaar dont la célèbre mannequin Jean Shrimpton faisait la Une. Je disais au dessus que le début des 60ies a fortement secoué le magazine, et pour cause Carmel Snow est remplacée par Nancy White, et avec, son équipe artistique quitte peu à peu le magazine au profit de Vogue pour certains (Diana Vreeland en 1962). Au département artistique, après Henry Wolf et Marvin Israel, ce sont deux jeunes femmes de 25 ans, Ruth Ansel et Bea Feitler, qui passent co-directrices artistiques du magazine, du jamais vu à l’époque.

Avec ces deux jeunes femmes, l’une représentant le classique et l’autre la modernité, la fusion est immédiate et est à l’origine de la nouvelle orientation du magazine, complètement en phase avec l’époque sous l’influence du Swinging London. Le graphisme du magazine est très Pop Art, c’est aussi l’avènement des artistes Lichtenstein et Andy Warhol.

Aussi le magazine fait des choix osés pour une époque extrêmement instable et en proie à des manifestations répétées autant contre la ségrégation (malgré le Civil Rights Act de 1964) que contre le port de la mini-jupe: il utilise le premier mannequin afro-américain Donyale Luna en 1965 dans une série de photos et une cover d’elle sous la forme d’un dessin.

Ce positionnement avant-gardiste aura des conséquences fortes sur le magazine qui perdra de nombreux abonnés notamment du sud des Etats-Unis et conduira le directeur à interdire à la mannequin de retravailler avec la revue. (Mais pour autant n’arrêtera pas sa carrière) J’ai été extrêmement surprise de découvrir que le magazine avait pris position sur ce sujet et salue clairement l’initiative, il faut dire que la ségrégation était encore très présente et c’était une véritable forme de militantisme que d’inclure une mannequin noire, qui plus est en Première de couverture, même sous forme de dessin.

L’exposition consacrée à cette période était construite autour de la couverture centrale avec plusieurs modèles de Courrèges au centre, entouré de toute une galerie de pages de différents numéros du magazine. Le thème lunaire de la conquête spatiale était mis à l’honneur correspondant totalement à l’image virginale et nouvelle que le couturier souhaitait insuffler. Je me rappelle notamment des formes très graphiques et qui rappelait l’univers des comics de certains numéros dont Paul McCartney partageait la vedette avec Jean Schrimpton, a.k.a la mannequin la mieux payée des années 60! Les marques de luxe telles que Dior et Balenciaga avaient été mises à l’honneur pendant le règne de Carmel Snow, ce qui prédit aisément le succès des nouveaux designers formés respectivement dans ces maisons, tels que Yves Saint Laurent et André Courrèges.

THE 90IES AND SO ON

La fin de l’exposition était dédiée aux années 90 et aux dernières éditions du magazine. Je m’y suis beaucoup moins attardée mais j’ai quand même admiré plus d’une fois plusieurs modèles, notamment de l’illustre John Galliano qui au début des années 2000 travaillait pour Dior. J’ai toujours admiré ce personnage haut en couleurs, plein de controverses c’est vrai, mais que sans l’ombre d’un doute a livré des collections dignes des plus grands chefs d’œuvre dans l’Histoire de la mode.

La top model Linda Evangelista était visible en grand en couverture du magazine, à l’instar de la top model des sixties ainsi que sur une magnifique photographie de Karl Lagerfeld la portant à bout de bras- telle une chorégraphie de danse classique- celle-ci portant une création Haute Couture de la maison Chanel.

Pour clore l’exposition, Gucci, Louis Vuitton et Givenchy pour ne citer qu’eux illuminaient de strass, sequins et paillettes les vitrines du musée. Celle qui me marqua le plus fut la cape et robe (bien que peu visible) de la maison Gucci Automne Hiver 2017, toute de satin vert d’eau brodée de sequins et de perles dessinant un magnifique colibri rose dans le dos. Les détails étaient époustouflants de minutie et j’y trouvais là des similitudes avec les capes dans l’époque ou le style années 20, me donnant immanquablement envie de créer à mon tour. La robe kimono Gucci portée par Dakota Johnson dans le numéro de août 2017 était tout aussi sublime avec ses couleurs riches et ses tissus luxueux. Un thème floral en adéquation avec les thèmes chers au magazine, que sont la nature pastorale, sauvage ou paradisiaque.

Et bien entendu nous ne pourrions clôturer cet article sans montrer les dernières couvertures du magazine, présentant l’iconique star mondiale Rihanna, qui s’est vue offrir 26 couvertures du magazine international pour l’édition « September Issue », une première dans l’histoire du magazine et la preuve d’un soutien infaillible à Riri, qui ne manque pas d’étonner ses fans par son esprit entrepreneurial, son talent créatif autant en musique qu’en matière de mode mais aussi ses valeurs extrêmement inclusives qu’elle véhicule par sa marque de cosmétiques Fenty et de mode Savage, dont l’épisode 2 de sa collection vient d’être mis en ligne sur Amazon Prime.

Une année 2020 « milestone » autant pour la star planétaire que pour le magazine qui, à l’instar des créateurs du XXème qui furent mis en exergue parmi ses pages, annonce très certainement un grand succès et un tournant important à la fois de la représentation des femmes dans l’industrie de la mode mais aussi de la mise en scène dont la transversalité artistique, si toutefois représentatif du show-business américain, reste un travail remarquable et donne un regard neuf à la scène internationale de la mode.


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