The Queen’s Gambit: Analyse des costumes

C’est suite à la vidéo que j’ai réalisé sur ma chaine youtube tout récemment lancée, sur le thème The Queen’s Gambit que j’ai quand même souhaité réaliser l’article dédié, car on oublie parfois que certains préfèrent encore l’activité de la lecture à la passivité de la vidéo (sans jugement aucun, je suis une consommatrice déraisonnable de Youtube) Alors voilà le travail de fond qui a donné naissance à mon discours « cuté » à l’excès (éternelle débutante de l’exercice orale que je suis, I apologize!)

Comme pour chacune des expositions qui sont réalisées au Brooklyn Museum, il s’agit d’une collaboration cette fois entre le géant mondial du streaming Netflix et le musée. Réalisé par Matthew Yokobosky, conservateur principal du musée de la section mode et culture matérielle, l’exposition virtuelle montre à la fois les créations de Queen’s Gambit et The Crown, séries populaires sur la plateforme.

Etant donné la situation historique que nous vivons et le fait que nous sommes globalement privé de visite dans les musées (mon passe temps favori) cette exposition hyper interactive est plus que bénéfique pour les passionnés des costumes et tenues d’époque comme moi.

On navigue aisément entre les différentes tenues proposées, qui ont été choisies selon les étapes les plus importantes de l’ascension de Beth. On peut ainsi suivre l’évolution du personnage à travers ses tenues  démarrant de la petite fille orpheline à la jeune femme en tenue de dame (jeu de la dame ha), notamment sa tenue finale de Reine, à l’image de la pièce la plus forte du jeu d’échecs. Les tenues peuvent être tournées à 360 degrés, également en cliquant sur le détail de chaque tenue ; ce qui est un énorme plus, car même en musée physique on ne peut pas toujours voir un costume avec une vue complète.

Des extraits de la série sont insérés afin de situer chaque tenue mais elles sont aussi légendées avec leur fiche technique, des photos détails du vêtement et quelques brèves explications de la costume designer ou du conservateur du musée. J’apprécie notamment l’intervention de la cheffe costumière créatrice de la série Gabriel Binder qui explique plusieurs fois les choix de ces costumes correspondant à la situation de Beth.

L’exposition détaille aussi quoique brièvement quelles sont les inspirations derrière chaque pièce, précisant si le design original est d’époque, si elle est inspirée d’un couturier connu de l’époque ou si le design est de la costumière. La plupart des créations sont issues de design de la décennie en question, ce qui est vraiment appréciable pour la crédibilité de la série.

Je reprendrai donc le plan d’analyse que j’ai établi dans ma vidéo afin que la lecture soit aussi fluide et logique. A commencer par la couleur verte omniprésente, les lignes géométriques rappelant constamment le jeu d’échecs puis les lignes épurées soulignant la dualité à laquelle Beth est confrontée.

La couleur verte

La couleur du vert a une place intéressante dans la série. A travers les costumes, le vert apparaît pour les moments les plus importants de la vie de Beth. Il y a 4 robes importantes qui affichent cette couleur que nous allons détailler ici. C’est aussi à travers les pilules que prend le personnage la mettant dans un état second mais aussi de transe tant son imagination est stimulée que le vert occupe toute sa place. La symbolique des pilules rejoint celles des tenues lui offrant le pouvoir, la chance, le jeu et l’argent. (dollar)

« Mom loves you » dress, made by the costume designer. Dans l’histoire la petite robe verte a été faite par la maman de Beth. Il fallait donc lui conférer un esprit homemade, simple mais personnel et sentimental, notamment grâce à la partie brodée du prénom de Beth en haut de la robe. On peut aussi remarquer l’attention à des détails tels que l’usure (tâches et zones recousues) qui est visible pour illustrer le fait que la robe n’est pas neuve, qu’elle a été portée déjà depuis longtemps, et matérialiser le statut social de sa mère qu’on ne voit que très peu.

THE QUEEN’S GAMBIT (L to R) ANYA TAYLOR-JOY as BETH HARMON in THE QUEEN’S GAMBIT Cr. CHARLIE GRAY/NETFLIX © 2020

The « Bow dress » est une robe qui marque un moment charnière de la vie de Beth. Également faite de crêpe d’un vert pâle et noir, elle bouge aisément sur son corps en mouvement alors qu’elle court littéralement vers la salle de compétition où elle arrive terriblement en retard. La costumière a expliqué que le choix de la matière trop légère était délibéré pour illustrer les mauvais choix de Beth et notamment sa vie en plein désordre à cause de ses abus. Le nœud est une touche personnelle de la costumière qui voulait adoucir la sévérité des lignes de la robe. C’est un hommage à Pierre Cardin, couturier référence des années 60 et souvent pris comme inspiration hommage dans la série.

« I feel good dress » est une robe en velours de soie vert forêt, inspirée de la boutique Biba qui était extrêmement populaire à Londres dans le paysage « Mod » des années 60. Avec son large nœud sur le devant, elle rappelle sans difficulté la robe « Bow dress » qu’elle portait lors de son premier affrontement contre Borgov. Le design est très similaire mais cette fois-ci le tissu choisi est différent, le tombé est meilleur et lui confère une silhouette plus soignée et moins détendue, plus chic aussi. C’est l’exemple même de l’importance du choix de la matière lors de la confection d’une tenue pour un acteur, chaque matière, chaque forme envoie un message sur la situation et le caractère du personnage incarné.

« The endgame dress » se trouve être ma favorite tellement elle sied parfaitement à l’actrice. Faite de laine d’un vert très pâle, elle fait écho à ses premières apparitions en tant qu’orpheline alors vêtue d’une petite robe verte claire faite par sa maman. C’est la robe la plus importante selon moi de toute la série puisqu’elle marque la fin d’un cycle, celui que Beth avait choisi dans cette quête irrésistible de conquête du jeu d’échecs au niveau international. De couleur verte claire (quoiqu’elle apparaît grise à l’écran) on est subtilement rappelé aux débuts compliqués de la jeune vie de Beth : Cette fois elle est en haut du panthéon sur la partie d’échecs la plus importante de sa vie, déjà célèbre et riche, cette robe n’a plus rien à voir avec sa petite robe tristounette du début, on comprend très bien que Beth a les moyens de s’offrir les plus belles « toilettes » de l’époque, envoyant ainsi le message clair de sa réussite et de son indépendance. Cette robe finale a été créée par Gabriel Binder, inspirée d’une robe de la fin des années 60 selon les informations de l’exposition. C’est dommage de ne pas avoir illustré les inspirations des créations car j’aurai aimé voir plus d’une fois les designs d’époque. (ref : robe Faux Dior de Mexico)

Les lignes géométriques

Dans la plupart sinon toutes les tenues que porte Beth, le rappel de l’échiquier est omniprésent, parfois de manière évidente et d’autres fois de façon plus subtile, cachée et imperceptible. Mais il y a toujours un détail que seule l’actrice est capable de vraiment percevoir, ce qui l’aide toujours mieux à se glisser dans le personnage.

« Towns dress » est l’archétype de la robe du début des années 60 destinée aux jeunes filles. Très ajustée à la taille rappelant la décennie précédente, elle est ensuite évasée et se termine au niveau des genoux. C’est l’une des premières pièces que porte Beth ayant des motifs rappelant le plateau du jeu d’échecs, un style à la fois anglais et français qu’elle arborera la plupart du temps pour ses parties les plus importantes. C’est aussi une étape importante dans sa vie personnelle puisque pour ce tournoi qui se déroule à Las Vegas, elle veut montrer qu’elle a grandit affirmant un peu plus son style.

La robe « On the cross » est une tenue marquante pour le spectateur qui cerne le personnage définitivement comme conquérant de sa quête. Les lignes sont simples géométriques et minimalistes, inspirée des créations de Pierre Cardin, d’un jersey lourd, les coloris de beige et de noir, couleurs classiques du jeu d’échecs, complimentent la salle qui arbore la même palette. Ici on est au tournoi européen auquel Beth participe, elle semble focalisée sur son objectif et son style est à l’image de celle qu’elle veut devenir. Il s’agit là encore d’une création inspirée de Pierre Cardin qui illustre dans l’histoire l’engouement évident de Beth pour le style français du milieu des années 60. (et on valide!)

La robe « I’m Chess dress » est noire et blanche. Comme pour beaucoup de tenues bicolores qu’elle porte, la référence au plateau du jeu est immédiate et élégamment faite, faisant toujours echo aux créations de Pierre Cardin. J’aime notamment le blanc se trouvant au centre de la robe: Comme un avant-goût de sa tenue finale, il se dévoile telle une scène qui s’ouvre derrière les rideaux d’un théâtre et présente Beth comme celle qui remportera la couronne de la Reine. C’est encore un coup de maître(-esse) pour intimider ses adversaires et assoir son style iconique.

Extrait de « Mad Men »

Créations Courrèges 1967, Exposition « Bazaar » à Paris, 2020

L’imperméable quadrillé qu’elle porte à Moscou est vintage et fut trouvé par la costumière dans une friperie de Los Angeles. C’est d’ailleurs une création de couturier français Courrèges (que je vénère complètement) et qui m’a immédiatement rappelé un imper quadrillé que Megan Draper porte dans la série culte Mad Men.

Les lignes épurées : l’aspiration à la pièce Reine

Tout au long de l’histoire, Beth arbore des tenues de plus en plus chics à l’image de son ascension. Elle aime être à l’image de ce qui préoccupe la majeure partie de son temps, être la meilleure aux échecs. C’est ainsi qu’on la voit de nombreuses fois aussi dans des tenues noires et blanches.

The « Afternoon tea » que j’appelle la robe Mexico étant donné qu’elle la porte au tournoi de Mexico, est une des plus belles créations de Gabriel Binder. Inspirée du catalogue Sears, elle emprunte les codes du début des années 60, avec une jolie doublure noir qui apparaît pour souligner l’encolure. Les boutons cachent aussi un mini échiquier qu’on ne pouvait voir à l’écran mais seulement en regardant les détails de la robe dans l’exposition. Beth commence à vouloir ressembler aux pièces blanches du jeu.

The « Favourite tee » est le look qu’elle arbore quand elle est avec Benny Watts et qui est du couturier Courrèges. Bicolore elle est noire et blanche et confirme le style soigné et épurée de Beth. Ici, elle affronte Benny Watts de manière décontractée, ainsi que nombre de ses amis férus du jeu d’échecs lors d’une soirée chez lui. Confiante, elle les domine aisément sans avoir à les intimider par son look, cependant elle demeure fidèle à son style résolument d’influence parisienne.

The « White Queen » est le look final que porte Beth après qu’elle ait gagné le tournoi de Moscou. Vêtue de blanc de la tête au pied, elle porte un long manteau blanc en laine de cashmere, un pantalon blanc et des bottines blanches très tendances à l’époque. Le tout est couronné d’un bonnet haut avec un gros pompon, rappelant immanquablement la pièce maîtresse du jeu, la Reine. On aperçoit juste avant qu’elle ne referme son manteau un petit pull vert foncé, énième référence à sa couleur fétiche, celle de son enfance qui la suit depuis le début, symbolisant la maison « Home » selon les indications de Gabriel Binder et qui la définit sous son apparat de Reine.

Si vous avez envie de découvrir ma vidéo sur le sujet, vous pourrez y voir plus d’illustrations et d’extraits de la série, ici j’essaie d’alléger un peu afin que cela soit le plus agréable à lire 😉 La vidéo est juste ici, si cela vous plaît, je vous invite à vous abonner à ma chaîne Youtube et Instagram afin qu’on soit encore plus nombreux à découvrir les dessous des costumes de films !


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